L’évolution de mes goûts musicaux (et de mes perspectives sur la vie, c’est relié!)
Déjà, on peut oublier mes années avant secondaire 2. Pour une raison ou une autre, avant cette période-ci, la musique n'avait absolument aucune importance pour moi.
Donc, tout commence en secondaire 2. J’ai un ego gros comme le monde! Je suis meilleur que les autres! Ben oui, mes résultats scolaires le démontrent bien! Je désire que mes activités reflètent mon intelligence.
À la radio, j’entends une interview comme quoi les jeunes qui écoutent de la musique classique seraient plus intelligents que les autres. Il y a aussi l’écoute du film Vitus (2006), film portant sur un jeune prodige de math et de musique, où j’y perçois un message similaire (je n’ai pas revu ce film depuis, notons). Je suis jeune et je suis influençable. Tant qu’à y être, à l’achat de mon iPod comme cadeau de fête pour mes 14 ans, je vais y mettre du classique.
J’y installe quelques disques de musique instrumentale de Bach, venant de la collection de mon grand frère, puis des compilations d’Edgar Fruitier, pour me donner une vision plus large du classique. Au début, je trouve beaucoup d’extraits de cette musique "kitsch" mais éventuellement je m’habitue à cette esthétique. De toute façon, dans ma tête, il n’y avait que 2 choix: la musique pop ou le classique. Et entre les 2, c’est clair que je prenais le classique. La structure homogène du pop faisait que je me tannais vite. Mais pourtant, la musique, c’est tellement plus large que ça! Si au moins je l’avais su plus tôt…
Je me mets à m’intéresser à de la musique de plus en plus niche, par désir d’être une perle rare, d’être le plus distinct possible. J’écoute alors du classique expérimental du 20e siècle. Je dois avouer que beaucoup de cette musique me paraissait incompréhensible à l’écoute. Cette musique me semblait davantage écrite à des buts d’analyse qu’à des buts d’audition. Il y avait pourtant aussi des pièces qui me plaisaient beaucoup, et après mûres introspections, je ne pense absolument pas que je me mentais à moi-même. Voici une playlist de tels exemples:
https://www.youtube.com/playlist?list=PLW18-jILJ66swm98u1s30chbCUzHES2p5
Puis avec le temps, je réalise que mes goûts musicaux se raffinent selon des critères beaucoup plus profonds. Je développe une vision “nihiliste optimiste” de la vie. Certes, l’univers est froid, indifférent et mystérieux, mais notre créativité humaine nous offre largement de quoi s’épanouir. C’est dans cette perspective, je pense, que je développe une sensibilité pour ce qui est “contemplatif” et “bizarre” en musique, et ma musique préférée tend à mélanger les deux. Je développe alors un goût pour le minimalisme de Steve Reich et Philip Glass, l’indéterminisme de John Cage et Morton Feldman, et pour d’autres compositeurs comme Meredith Monk, qui “fitaient” cette esthétique.
Bon, et pendant tout ce temps, j’étudiais les maths pures à l’université. J’étais pas mal dans mes rêves et absolument pas terre à terre.
Parfois, pas toujours, se faire des réflexions dans des champs abstraits peut totalement affecter notre vision des choses concrètes, au point même d’affecter nos décisions. Bref, par connexion envers mes différents intérêts de l’époque, je découvre l’analyse musicale. J’apprends les différents ingrédients de la musique. Je suis abasourdi à quel point la musique plus largement vue comme le "classique'' (ça inclut le baroque, le classicisme et le romantisme selon moi) n’était absolument pas englobante au niveau de ses ingrédients utilisés. Elle en priorise certains et en néglige d’autres. Je suis également étonné à quel point ma musique préférée (Steve Reich et Morton Feldman) emprunte peu à cette tradition. Ok, je me dis, la musique de tradition “non-classique” a une richesse inestimable que je n’avais juste pas choisi de voir, simplement parce que j’étais un jeune arrogant qui manquait de perspective!
Et tout d’un coup, je me mets à m’intéresser à presque toutes les sortes de musique: jazz, électronique, rock, métal, indie, folk, funk, hip-hop… Je commence également à beaucoup apprécier l’esthétique de plusieurs artistes pop comme Ariana Grande ou Thundercat.
Aussi, ces 3 dernières années, je pense que j’ai finalement “commencé à vivre” en un certain sens (ouais, en même temps que la pandémie, eh!). J’ai vraiment vécu des évènements qui m’ont fait souffrir, puis qui m’ont incité à réfléchir et travailler sur moi-même, pour qu’au final, j’en ressorte plus fort. Je pense même que leur nombre dépasse toutes les années précédentes! En philosophie, parce que j’en ai davantage besoin qu’avant, je m’intéresse maintenant largement aux enseignements du stoïcisme. Avec de la perspective, c’est assez fou comme je l’avais facile dans ma jeunesse. J’avais peu d’idée c’était quoi la vie...
Dans ce tourbillon d’émotions, l’intérêt de beaucoup de styles de musique me paraît plus clair. Je réalise que la musique “violente” peut être défoulante et m’aider à tolérer le mal au fond de moi. Les drames de la vie sont, d’une certaine manière, un outil pour accéder à de nouvelles sensibilités musicales. Avec du recul, je réalise que, dans ma jeunesse, c’était davantage moi le pourceau qui rejetait les perles qu’on lui offrait…
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